Les orgues et les organistes de Longwy

Page d'histoire

 

Un grand merci à Joseph Brembati pour sa participation.

 

ORGUES ET ORGANISTES

A LONGWY

 

 

 

 

 

Joseph BREMBATI

 

 

 

« L’orgue (…) est un orchestre entier

auquel une main habile peut tout demander,

il peut tout exprimer »

Balzac

 

 

 

 

Depuis quelques années, un grand effort a été entrepris en France en vue de la restauration des orgues, tant à l’initiative des pouvoirs publics qu’à celle d’associations locales créées à cet effet. Cet effort vise en premier lieu, on s’en doutera, les instruments qui présentent un intérêt historique : on les confie aux soins éclairés de facteurs qui cherchent à présent à conserver toutes les parties originelles, à effacer les traces de restaurations abusives ou mal conduites. Parfois, il ne leur reste plus qu’à construire derrière un buffet ancien, ultime vestige d’un instrument disparu, un orgue neuf avec les caractéristiques d’une époque donnée dans la longue histoire de l’évolution de cet instrument et de celle du goût musical. Mais force est de reconnaître que les instruments dignes d’intérêt qui subsistent dans des paroisses petites et pauvres, ne bénéficient pas toujours de l’attention des hommes de l’art faute de ressources adéquates. Cependant l’inventaire général des Orgues de France vient d’être porté à son terme et le patrimoine organier est à présent connu.

Depuis 1905, on le sait, les églises et le mobilier qu’elles contenaient alors, appartiennent aux communes et par voie de conséquence l'entretien du tout leur incombe. Tant bien que mal, les bâtiments sont réparés, le mobilier disparaît parfois dans une grande indifférence, car vols ou ventes ont décimé les objets d’art des petites paroisses. Les orgues quant à eux, ont subi des sorts divers.Sous l’Ancien Régime, rares étaient les églises des villes, celles des couvents et des gros bourgs qui ne disposaient pas d’un instrument. Dans les campagnes, le chant a cappella, c’est à dire sans le soutien d'un accompagnement (orgue ou "serpent"), était le plus souvent de rigueur et pour cause. Quand il en fallait un, l’organiste était engagé et rémunéré par les communautés comme tous les prestataires de services qu’elles employaient.

Les conciles traitèrent parfois de la musique à l’église : les orgues doivent plutôt exciter la dévotion qu'une joie profane (Concile de Cologne 1536), ne jouer que des airs pieux (Concile d'Augsbourg 1548). Durant l’élévation de l’hostie et du calice, et jusqu’à l’Agnus Dei, les orgues ne doivent point jouer et on ne doit rien chanter ... (Concile de Trèves 1549). Ces remarques semblent indiquer que l’organiste, fier de sa musique, se livrait déjà à des outrances ou des fantaisies que certains des fidèles devaient apprécier au cours des longues cérémonies qui caractérisaient la liturgie de l’époque. Notons que ces excès ne cesseront jamais à vrai dire, les capacités, médiocres ou sublimes de l’organiste n’entrant pas en ligne de compte. C’était là un modeste péché d’orgueil qu’on pouvait pardonner à l’artiste.

La Révolution vit vendre comme biens nationaux nombre de couvents avec les chapelles qui leur étaient attachées et si la plupart des églises paroissiales furent conservées comme "temples de l’Etre Suprême" ou comme simples salles de réunion, leur mobilier fit l’objet d’actes de vandalisme ou fut dispersé. Les chapelles des couvents furent dans beaucoup de cas détruites ce qui entraîna la disparition du mobilier, en particulier de l’orgue. Ainsi, nombre d’instruments changèrent de paroisse, ce qui permit leur conservation ou furent détruits après qu’on eut récupéré le métal (étain) des tuyaux. Le buffet fut parfois le seul à subsister comme seul témoin d’anciennes splendeurs ou alors il fut converti - triste sort ! - en bois de chauffage.

D'autres instruments se turent à l’impact d'un obus ou sous les tonnes de gravats écroulés d’une toiture ou d’une muraille bombardées. Ainsi les orgues de Longwy, on le verra, celles de Marville, encore mentionnées au cours de la dernière décennie du XVIIème siècle à la faveur de réparations à y faire.

Au début du siècle dernier, à l’issue du Concordat, dans le renouveau des paroisses, les curés récupérèrent autant que faire se pouvait les épaves de leur église ou celles qui provenaient d’édifices détruits après avoir été dépecés. En ce qui concerne les orgues, on profita à l’occasion des conquêtes, car le pillage était de règle. Par exemple, la ville de Metz bénéficia d’instruments razziés dans la région de Trèves. Tandel, dans son ouvrage "Les communes luxembourgeoises", affirma même au siècle dernier, mais on ne prête qu’aux riches, qu'à l’issue des pillages de l’année 1794, l’orgue d'Orval s’en alla garnir la cathédrale N. Dame de Paris, et celui de Virton l’église de St Etienne-du-Mont, à Paris également, grâce au savoir-faire, dans les pays conquis, des généraux de la République.

La paix et la stabilité politique retrouvées, les facteurs purent enfin se remettre à l’œuvre et le XIXème siècle vit la transformation ou la construction d’orgues au goût du jour.

Les guerres qui suivirent furent plus meurtrières que jamais pour les édifices.

Auparavant, seuls incendies et injures du temps les avaient affectés avant que les considérables progrès intervenus dans l’artillerie et la conception des explosifs fussent plus destructeurs pour les bâtiments et leur contenu. Ainsi, beaucoup d'églises des zones situées sur les routes d'invasion, c’est le cas de l’Est de la France, en particulier du Pays-Haut, perdirent une ou plusieurs fois leur instrument. Le coût du remplacement ou de la restauration devenant problématique, harmoniums et, plus tard, orgues électroniques, s’avérèrent plus pratiques et moins chers, voire plus harmonieux, dans certains cas, que leurs devanciers à la mécanique défaillante, aux soufflets troués, ou aux tuyaux muets.

Quant par ailleurs diminua le rôle dévolu à la musique dans la liturgie en même temps que le nombre des organistes disposés à servir les claviers, le glas sonna pour beaucoup d’instruments qu'on découvre à présent à l’abandon dans la poussière et l’humidité.

A présent on recense : orgues historiques antérieurs au siècle dernier qu'il faut sauver, orgues du XIXème siècle ou du début de notre siècle qu’on sauve aussi de la ruine en les restaurant... ou qu’on laisse péricliter, instruments plus récents dans les grosses paroisses citadines qui ont des appuis administratifs et des moyens financiers adéquats.

Dans la région immédiate on pourra découvrir à l’église St Maximin de Thionville un orgue Kern enchâssé dans un magnifique buffet ancien, un Cavaillé-Coll à Cattenom puis il nous faut aller en Meuse, à Dun-sur-Meuse où un instrument signé Jean Boizard (fin XVIIème) achève de se ruiner derrière un beau buffet. Du même facteur est l’orgue de Stenay. Enfin à Avioth, on pourra voir et écouter un instrument, installé en 1965, composé d’éléments tirés de l’orgue de choeur de Ligny-en-Barrois et de celui de Benoîte-Vaux. L’histoire de certains instruments mentionne d’ailleurs de pareils patchworks qui permettaient d’économiser sur la facture. Je ne mentionnerai que pour mémoire les beaux instruments des édifices religieux de Metz, Verdun, Luxembourg, Arlon.

Si les paroisses voisines du Luxembourg et de Belgique sont riches en orgues, on trouve des instruments à tuyaux en état de marche à Mont-Saint-Martin, Longwy-Haut, Longuyon, Cutry, Baslieux et Cosnes... mais cette liste n’est pas exhaustive et peut-être nous attarderons-nous une autre fois sur ces instruments qui jouent encore ou sommeillent, hors d’état de fonctionnement tel celui de Mont-devant-Sassey, dans l’humidité et sous les fientes des pigeons quand nous le vîmes, il y a bien longtemps, à présent de nouveau en état à la suite de circonstances particulières.

Dans le Longwy médiéval, la musique n’a laissé aucune trace, mention exceptée des ménestrels qui, en 1346, accompagnèrent la comtesse de Bar, Mesdames de Rodemack et de Belrewart, pour un séjour dans ses murs. Son église était alors vierge de tout instrument car rien ne permet d’affirmer le contraire à ce jour. Hormis les musiciens attachés aux régiments, cités de temps à autre dans la ville neuve : hautbois, tambours ou autres, les traces de musiciens locaux sont rarissimes, ultérieurement. Nous avons cependant repéré un Jean Nickel "ménestrier de Longwy", mentionné en 1637.

 

Un premier orgue à Longwy.

 

En 1679, Jean Mussey prit possession de la cure de Longwy dont dépendaient aussi les chapelles de Longwy-Bas et de Romain. Sa paroisse, matériellement parlant, était en sursis car on commençait à bâtir la ville neuve pour ensuite démolir le vieux bourg et son château. Le 17 avril 1680 le curé de la paroisse bénit en grande cérémonie la première pierre de la nouvelle forteresse sous l’angle du "bastion du fauxbourg " (bastion n° 1, selon la nomenclature du génie), le 22 mars 1683, ce fut le tour de celle de l'église, en présence des officiers, des fonctionnaires royaux, de Monsieur de Pontmarin lieutenant du roi et des curés des alentours. En 1685, l’édifice entra en fonction car Mussey "... sur les ordres de M. de Louvois et de Monseigneur l’évêque" transporta son domicile en la Ville Neuve et le service paroissial de l’ancienne église en la neuve".

Les ingénieurs militaires avaient dessiné un vaste édifice aux lignes sobres mais néanmoins harmonieuses avec sa tour élevée. Il pouvait contenir la foule des nombreux militaires, bourgeois de la ville, ainsi que les fonctionnaires du bailliage nouvellement créé. Le bâtiment se prêtait aux grandes cérémonies, dignes d'une assistance de qualité. Mussey nous apprend qu'il obtint de la Cour, en cette même année 1685, une gratification d’un montant de 500 livres pour la construction d’un orgue. Plus ambitieux pour son église, le curé fit installer un "double orgue" qui lui coûta plus de 2000 livres. C’est la seule indication que nous possédons à propos cet instrument : son facteur fut-il ce Jean Boizard de Sedan qui conçut plusieurs instruments dans la région ? Le premier organiste longovicien étant un Sedanais, on peut supposer en effet qu'il fut recommandé un concitoyen. A l’occasion des travaux, le curé de Longwy fut accusé par Nicolas Barthélémy, boucher, d'avoir fait "... une gargotte de sa maison, en nourrissant les ouvriers qui travaillaient aux orgues ".

De la composition de ce premier orgue nous ne savons rien : en 1698 il avait fallu le "réparer, relever entièrement et le nettoyer pour la somme de 500 livres ". En 1719, la Communauté avait dû décider de nouvelles réparations. Enfin, en 1776, Henry Louis, facteur à Luxembourg le restaura moyennant la somme de 850 livres .

Quelles étaient sa taille et ses possibilités ? Elles étaient certainement très inférieures à celles du complexe instrument installé par Nollet à l’abbaye d'Orval lequel comportait 80 jeux dont un de 32', répartis sur 4 claviers.

Rappelons que l’abbé Mussey lui-même possédait des instruments de musique : L’inventaire de ses biens, effectué en 1708 (cf. le cahier XVIII de mes Promenades….) mentionne en effet : «  un jeu d’orgue enfermé dans une armoire, un reste de clafsin (clavecin), un clafsin avec son pied ". Touchait-il lui-même de ces instruments ? Rien ne permet de l’affirmer.

 

Sauf accident notoire antérieurement, le premier orgue longovicien aurait pu disparaître à la Révolution mais les archives n’en soufflent mot. Cependant l'église et son mobilier eurent à souffrir pendant la période des violences antireligieuses, en outre, le bâtiment servit à l’occasion de dépôt et de grange. Lorsque certains Longoviciens voulurent reprendre l'exercice du culte permis par une loi nouvelle, un état des lieux dressé à cette occasion est assez désolant : "... l’église ayant servi de magasin à la République (est) ... considérablement dégradée, les pavés endommagés, le grans hautel dégradée, le tabernacle totallement détruits, les chapelles démolit, tous les vitraux en pièce, les mur dégradée, les portes cassées, toutes les armoires de sacristie emportée, la toiture considérablement endomagée et enfin que le vesaux ne présente qu’un délabrement universelle ...".

Les dégâts résultaient du pillage et l’attitude du public pour ces lieux de culte en application bon gré mal gré de l’idéologie ambiante : on avait emporté tout ce qui était en bois pour servir de combustible dont les forêts voisines, constamment mises à contribution par les chapardeurs faisaient cruellement défaut. Constatons qu'il n’était pas fait mention de l’orgue dans ce constat. On peut supposer qu'il servit à nouveau et que cet instrument fut celui qui fit l’objet d’une restauration à la veille de la guerre, de 1870. En tout état de cause, dans l’inventaire du mobilier paroissial de 1835, l’orgue figure, suivi de l’observation "à réparer".

En mars 1852, l’orgue fut réparé par Frédéric VERSCHNEIDER, facteur d’orgues à Puttelange, qui reçut 1200 F en mars et 600 F en décembre pour son travail.

Une délibération du conseil de Fabrique de l’église curiale de Longwy datée de 1868 permet peut-être de se faire quelque idée de ce premier orgue. Le président appelait alors la "sérieuse attention du Conseil sur la nécessité de faire au jeu d’orgues... de grandes et urgentes réparations. Déjà... avant la restauration de l'église, il avait été reconnu que parmi certaines pièces de l’orgue, les unes avaient besoin d’être réparées ou modifiées. Lors du démontage de l’instrument effectué par un homme de l’art au commencement de l’année 1866, la nécessité de procéder à ces réparations et à ces modifications fut constatée à nouveau...". Les dépenses alors évaluées à 2500 F devaient être majorées de 500 F en raison des dégradations postérieures au devis. Le président soulignait le fait que l’instrument avait été acquis avec les deniers de la communauté et réparé à ses frais en plusieurs circonstances. Mais aucun détail précis ne vient nous éclairer quant à ces travaux à moins qu'une découverte dans les archives communales du XIXème siècle intervienne à l’avenir.

Le devis fut établi par Frédéric Verschneider, facteur d’orgues à Puttelange : il énumère la fourniture d'un sommier neuf en chêne de 4 octaves et demie avec 54 gravures droites "d’après le système moderne", l’installation d'une montre neuve au Grand Orgue et au positif en "étain fin bruni et poli", la réfection de tout le mécanisme tant au positif qu'au Grand Orgue enfin, l’adjonction d’un bourdon de 16' était proposée pour ce dernier. L’instrument comportait donc au moins deux claviers manuels et, sans doute, un pédalier. C’était un petit orgue pour la taille de l'église de Longwy-Haut

Mais la guerre, survenait peu après et la forteresse subit un siège, avec un bombardement de plusieurs jours, pendant le mois de janvier 1871. Les dégâts furent plus considérables que lors des précédents sièges car l’artillerie, à la suite de l’utilisation de tubes rayés et des explosifs chimiques, eut des effets plus destructeurs. Les casernes du secteur sud-ouest, l’hôtel du Gouverneur et surtout la tour de l'église, furent fortement endommagés. L’orgue, adossé à celle-ci, avec ses soufflets en partie à l’intérieur, avait souffert des chutes de matériaux et des intempéries, il était hors d’usage.

Quand on eut reconstruit l’église on songea à la remise en état de l’instrument mais les frais se révélèrent d’un montant trop élevé. Le conseil de fabrique contacta la maison Baudet (9 boulevard des Italiens, magasin rue Favart, à Paris) sur la suggestion de l’évêché de Metz. Cette maison offrait un orgue d'occasion qui provenait de l'église St Paul et St Louis de Paris. Une lettre du 21 mai 1872 le décrit ainsi : "... cet instrument a été relevé en 1845 par la maison Cavaillé où ledit instrument pouvait avoir une quinzaine d’années d’existence ". Un courrier distinct devait faire parvenir à Longwy une photo de l’orgue que nous n'avons pas retrouvée dans le dossier conservé à la bibliothèque municipale.

Le curé de Longwy prit contact avec le conseil municipal qui, par une délibération du 28 mai 1872 statua sur la proposition suivante : le vendeur demandait 13500 F pour l’instrument dont il précisait que que le buffet, en excellent état, valait cette somme à lui seul. Monsieur Coulon, maire, fit remarquer que pour le même prix, la ville pouvait faire construire un orgue neuf mais de bien moindre envergure alors que celui qui était en discussion comptait 30 jeux répartis sur 3 claviers (Grand Orgue, Récit, Positif). Le vendeur s'engageait en outre pour ce prix à remplacer la moitié des jeux "d’une façon moderne". Le conseil municipal offrit la somme de 12000 F, le curé s'engageant pour le surplus, assurant de plus qu'il ferait placer un dallage dans les allées de l'église et réparer aux frais de la paroisse le perron du portail. La délibération fut approuvée peu après par la préfecture.

Courant septembre 1872, les travaux étaient en cours et quelques difficultés pour loger l’ensemble sur la tribune exigèrent des modifications de celle-ci. La maire de Longwy ayant mis en demeure le vendeur de terminer les travaux pour le 1er octobre, ce dernier répondit qu’à son grand regret il ne pouvait promettre la fin de l’installation que pour le premier février au plus tôt.

Le traité conclu entre les deux parties présente un grand intérêt car il donne la composition de cet instrument qui sonnerait sous les voûtes de l’église pendant près d’un demi-siècle avant de disparaître à son tour sous les bombes. L’orgue comprenait six sommiers dont : un pour le Positif (Rückposifiv de 8 jeux), deux pour la Pédale (4 jeux), deux pour le Grand Orgue (12 jeux), enfin un dernier pour le Récit (6 jeux).

Une boîte d’expression y figurait ainsi qu'un trémolo "servant d’imiter les voix célestes". Le soufflet était neuf, il était actionné par deux pompes à pied, la transmission était mécanique. Quatre pédales équipaient la console : une pour l’expression du Récit, une pour l’accouplement avec le clavier de Pédale, une pour l’accouplement Récit-GO, enfin un accouplement Pos-GO.

On disposait des jeux suivants :

Pédale : flûte 4', 8', trompette 8', clairon 4',

Grand Orgue : montre 8', salicional 8', bourdon 8', dessus de flûte 8'; prestant 4', doublette 2', plein jeu de trois rangs, cornet de 5 rangs, deux jeux de trompette de 8', clairon 4', voix humaine 8'.

Au Positif : dessus de flûte de 8', bourdon 8', prestant 4', nazard 3', doublette 2', trompette 8', cromorne 8', clairon 4'.

Au Récit : flûte de 8', flûte octaviante de 4', bourdon 8', octavin 2', trompette 8', hautbois 8'.

Les jeux, d’octavin au Récit, de prestant 4', doublette, clairon et bourdon au positif, ceux du Grand Orgue à l’exception de la montre, du cornet et de la voix humaine, enfin ceux du clavier de Pédale étaient neufs "... dans l’intérêt de l’instrument et pour obtenir une harmonie et une ampleur de sons modernes". Constatons que la composition de cet orgue demeurait classique dans son ensemble. Certaines musiques du Grand Siècle devaient quand même sonner sur cet instrument malheureusement doté de trop de jeux de 8' et privé de jeu de 16’, à l’encontre de son prédécesseur, mieux garni à cet égard. Madame Férafiat, organiste de la paroisse fut chargée de la réception de l’orgue à l’issue des travaux.

En 1905, l’orgue fut restauré et augmenté : le conseil de fabrique (composé de MM. PERSON, GRANDMANGE, HUBERT, MUEL) dut se réunir le 1er octobre et voter une dépense extraordinaire de 650 F afin de mettre en place la machine BARKER "destinée à lui donner plus d’ampleur afin que la soufflerie soit proportionnée à la force de l’instrument". Un harmonium, estimé valoir 200F est porté à cette époque, dans l’inventaire consécutif à l’application de la loi du 9 décembre 1905.

L’instrument fut inauguré avec solennité le jeudi 25 mai 1905, à l’issue de la réception des travaux de réfection opérés par M. Brisset, facteur d’orgues à Reims. On avait profité des circonstances pour faire disparaître « plusieurs jeux qui ne sont plus de mode aujourd’hui » et les remplacer par d’autres « d’une beauté ravissante » : bourdons, bombarde de 16’, gambes, Kéraulophone, voix céleste, onda maris, « dont les timbres si doux et si mélodieux donnent l’impression d’un parfait orchestre à cordes ».

En outre, on parvint à reculer le buffet de 50 cm de manière à faire place à un supplément de choristes. Ce fut Cécile Klein, organiste en titre depuis une trentaine d’années qui ouvrit le concert inaugural, continué avec un talent moins contestable par M. Mailfait, organiste de la basilique St Rémi de Reims. A travers ce dernier, la ville haute renouait avec la musique champenoise des débuts de son église.

En 1914, à l’issue d’un bombardement de près d’une semaine subi à la fin du mois d’août, la ville était totalement en ruines. L’église ne montrait plus que des pans de murailles reliés par les nervures des voûtes qui avaient résisté par miracle. Tout était à refaire !

 

Un troisième orgue pour l’église de la ville haute.

 

L’orgue actuel fut installé vers 1926-27 par la manufacture François Didier d’Epinal.

Conçu dans un esprit romantique, cet instrument comporte trois claviers pour trente jeux et, à nouveau, un système de transmission au clavier du grand orgue propre à l’époque romantique, dénommé "système Barker", mis au point par le facteur d’orgues anglais Charles BARKER, né en 1806. Il consiste en un levier pneumatique destiné à alléger l'effort des doigts sur les touches lors d'accouplements de claviers, notamment. Des petits soufflets attachés aux tringles des tirages font mouvoir le mécanisme de chaque note au moment de l’appui. Ce système équipait déjà l’orgue détruit en 1914, on l’a vu.

La mise au point de ce nouvel orgue fut délicate et donna lieu à un échange intense de courrier avec le facteur qui ne put faire mieux puisque ce fut un ouvrier de la manufacture vosgienne concurrente (JACQUOT, de Rambervillers) qui parvint à le faire, fonctionner convenablement. Une inscription au crayon sur l’un des madriers de soutènement du sommier principal conserve la mémoire de cet épisode peu glorieux pour le concepteur de l’orgue. M. Girard, l’un des organistes actuels, qui connaît fort bien les entrailles de l’instrument, et pour cause, car c'est lui qui en élimine les petites défaillances, nous l’avait signalée, nous avons pu la déchiffrer dans son intégralité :

" Gloire à nos successeurs/ Louis GEORGEL facteur d’orgues / a remis au point cet orgue en janvier 1929 / il avait été 4 ans sans marcher proprement / Fabriqué chez DIDIER en l’année 1925 3 équipes d’ouvriers ont essayé de le faire marcher / sans y parvenir. Je suis au compte et au service / de la maison / JACQUOT de Rambervillers, Vosges / Louis Georgel". Quelle noblesse dans l’exercice d’un métier et quel sens du travail bien fait révèle cette inscription qui perpétuera longtemps encore ce coup de griffe en direction d’une maison rivale.

En dépit des défauts de fonctionnement qui apparurent peut-être avec le temps, le nouvel orgue avait été inauguré le dimanche des Rameaux 1927 par Louis Thirion, professeur au Conservatoire de Nancy et organiste de l’église St-Léon.

L’orgue fut légèrement endommagé lors de la dernière guerre. Ce ne fut qu’en 1954 que des réparations furent entreprises par la maison Jacquot-Lavergne.

On sait que cet instrument a fait l’objet d'une restauration légère courant 1976, effectuée par le facteur belge Gomrée, il a été augmenté à cette occasion de quelques mixtures et d’un jeu de cromorne qui ajoute à l’interprétation de la musique de l'époque classique. A présent, il faudrait un travail coûteux pour le rénover entièrement, ainsi cette église historique, premier édifice civil de l’ancienne place forte disposerait d’un instrument digne de son prestige.

Le buffet a été nettoyé entièrement en 1988 par une équipe de bénévoles et un éclairage discret fut mis en place par la même occasion afin de mettre en valeur cette belle et sobre ébénisterie... à la faveur d’une messe télévisée.

 

Les organistes de la ville haute.

 

Il nous faut retourner à ces humbles serviteurs de l’instrument roi qu’étaient les organistes.

La charge d'organiste s'ajoutait à toutes celles qui gravitaient autour d'une paroisse importante comme l'était celle de Longwy sous l’Ancien Régime. Outre les curés, les vicaires, les serviteurs, on comptait un chantre, un assistant, un sacristain.

L’organiste était engagé par la communauté à l’année. Un bail reconductible fixait les obligations réciproques : en 1699, par exemple, le titulaire devait assurer son service "les festes, dimanches et le jeudy à la messe et vespres, excepté pendant l’Avent et le Carême", il était tenu de nettoyer l’orgue et d’en assurer l’entretien courant. Pour ces tâches, il figure pour la somme de 150 livres dans l "Etat de la dépense ordinaire de l’Hôtel de ville", le sacristain percevant 120 livres, quant à lui. Vraisemblablement, le casuel devait s’ajouter à ces émoluments. Pendant un certain temps, tout au moins, même la pension de l’organiste fut à la charge de la communauté, car le 10 novembre 1698, cette dernière alloua la somme de 100 livres tournois en vue de son logement et de sa nourriture chez Abraham MOREL "bourgeois hottelin" du titulaire Pierre PHILIPPON jusqu'au 1er juillet 1699 tandis que l’intéressé percevait 100 livres pour avoir "touché" l’orgue.

Le premier organiste de la ville fut J. J. SOYER, natif de Sedan, qui épousa Catherine LEONARD, veuve BEGUINET, le 19 février 1688, sans doute peu après son entrée en fonction. Il mourut d'ailleurs peu de temps après, le 27 janvier 1692 et fut inhumé dans l'église.

Le 8 décembre 1694 décédait Charles PECUNE, natif de Donchéry, époux d’Idelette Lemoine qui pouvait avait succédé au premier organiste, nommé à une époque indéterminée. Le 24 août 1698 "Maître Pierre Philipon" traitait avec la communauté pour la "conduite de l’orgue ... A commencer au ler octobre et finir au jour de St Jean-Baptiste 1699". Nous ne connaissons pas le nom de celui qui assura les quatre années antérieures à cette date.

Maître Philipon qui cumulait sa charge de musicien avec celle de "maître écrivain" ayant quitté la ville, ce fut "maître Jean-Baptiste Evrard maître joueur d’orgue, natif de la ville de "Vestrenne" (Verzenay? Vesaignes ?, Verseilles ?) en Champagne" qui put fournir vers 1709 le certificat de bonnes vie et moeurs exigible en vue de son engagement. Ce dernier demeura plus longtemps que ses prédécesseurs au service de la paroisse de Longwy, une note écrite à la suite du traité conclu avec la communauté prorogeait celui-ci " pour le terme espasse de 3 années au même close et condition à l’exception qu'il sera payé audit Evrard... la somme de 55 escus à 3 livres l’un et que pour les deux années dernières il lui sera pays dix escu pour chacune ané desdites deux annés par les sr Henry Balon maire, à Longwy, le 10 avril 1712".

En 1710, J. B. EVRARD, qualifié lui aussi de "maître écrivain" traitait à son tour avec la Ville, conjointement avec Louise Herbin (son épouse ?). Ils se chargeaient à eux deux d'enseigner la lecture et l’écriture, aux jeunes filles moyennant la somme de 4 sols par mois par sujet apprenant seulement à lire, 6 pour ceux qui apprenaient en plus à écrire. La communauté de Longwy ne fournissait quant à elle, aucune autre rétribution.

Compte tenu de ce que nous savons des premiers organistes longoviciens, il est frappant de noter la dépendance ardennaise, voire champenoise des premiers temps : SOYER est originaire de Sedan, PECUNE de Donchery (près de Sedan), EVRARD de Champagne, de la Pière (alias LAPIERRE) des Ardennes. L'hypothèse d'un facteur d'orgue ardennais pour le premier orgue de Longwy pourrait, nous l'avons dit, être à l'origine de cette convergence où la transmission de la charge se serait faite entre "pays". Ce qui pourrait aussi s'expliquer par une sorte de monopole de fait des Ardennais tant en matière de facture que de pratique : Longwy, aux marches de la France, étant enclavée dans la Lorraine à cette époque, l'abbé Mussey ne pouvait que se tourner vers cette région française, la plus proche pour concrétiser son projet d'installation d'un orgue dans l'église neuve.

Le 13 juin 1713, l’organiste en titre rompit le contrat car il avait trouvé une autre place, en permutant avec Simon Delapière "cy-devant organiste à Thionville". La communauté n’y vit aucun inconvénient et établit un nouveau contrat stipulant par ailleurs expressément que le musicien s'engagerait dorénavant à entretenir "la corde (l'accord) des jeux d’ange (anches)". Il est vrai que ces jeux d'anches (trompettes, hautbois, cornet ... etc.) sont les premiers qui perdent leur accord à la suite des sautes de température dans le local. Par la suite, les titulaires du poste laissèrent peu de traces dans les écritures de l’époque, leur tâche était-elle si peu considérée qu’il n’en fût fait mention ? Ils ne paraissent pas en outre avoir fait souche dans la ville, doit-on en conclure qu’on avait porté le choix sur des ecclésiastiques ?

En 1742, c’était un certain Antoine Duchateau qui tenait le clavier mais quelques années plus tard, en 1748, c’était au tour d’un Longovicien de lui succéder, il s’agissait de Gérard POUSSEUR. Ce dernier percevait, encore en 1765, 100 livres pour le service de l’orgue. Cette famille avait par ailleurs fourni nombre de serviteurs à la paroisse de Longwy : Michel Pousseur, marguillier fut foudroyé dans l'église au cours d’un orage, le 24 août 1722, Jean Pousseur, sacristain, décédait le 15 mars 1774 à l’âge de 68 ans, Gérard POUSSEUR père avait obtenu en sa faveur, le premier décembre 1768, la transmission de la charge que tenait son frère Jean, probablement diminué par l’âge. Gérard Pousseur, organiste, mourut lui-même le 2 janvier 1768 à l’âge de 67 ans, qualifié de premier vicaire. Le ler décembre 1768, fut choisi pour lui succéder, François POUSSEUR, aux gages ordinaires. Sans doute ce dernier avait-il été initié aux délices de l’orgue par son parent.

En 1786, Jean-Pierre BUSSIENNE occupait à son tour la tribune en cumulant les charges d'organiste et de sacristain, aux gages annuels de 400 livres. Il avait aussi à blanchir les linges de l'église et payer son souffleur. Notons à titre de comparaison, qu’à la même époque, plus précisément en 1771, l’organiste de Briey, Pierre NIPPER auparavant en poste à Flavigny " en Lorraine " percevait 300 livres, il avait également à sa charge le salaire du souffleur mais il était exempt des impositions, subvention mise à part, n’assurant pas cependant la charge de sacristain.

Aucun de ces organistes ne paraît avoir laissé quelque souvenir musical, quelque composition de circonstance couchée sur le papier et oubliée dans quelque graduel. Il est vrai que tant de guerres et autant de pillages ont passé dans l’édifice. Humbles tâcherons du contrepoint, nos organistes devaient certes être rompus aux finesses de la basse chiffrée, de la transposition et de la fugue et sans doute surent-ils solenniser ainsi qu'il convenait les longues cérémonies où se pressaient les bourgeois, soldats et fonctionnaires campés aux places que leur assignait une tatillonne préséance.

Après la Révolution, outre Bussienne, encore en poste, nous connaissons un certain Menessier, organiste et professeur de piano à Longwy, vers 1825 et une dame FERAFIAT, titulaire de l’orgue vers 1872.

Dans un état de la population longovicienne daté du ler brumaire an M (1803), il est indiqué que J.P Bussienne était né à Norroy-le-Sec, qu'il était organiste depuis 18 ans dans la ville. II avait épousé Marie-Thérèse Suchette, née à Longwy. A cette date, l’organiste était âgé de 60 ans, son épouse étant de deux ans son aînée, leur fils Michel-Dagobert, 17 ans, est alors connu comme "musicien", sans autre précision.

En 1811, le même organiste, qualifié de " sacristain-organiste " percevait 200 F de gages (les deux chantres recevaient chacun 150 F, le "Suisse" 86 F et le "souffleur", chargé d’actionner les soufflets de l’orgue à la force des bras, 12F). Le 4 janvier 1826, le musicien fut porté en terre après quarante années de bons et sonores services, exception faite de l’épisode révolutionnaire. Comme aucun Longovicien pouvait lui succéder, on se proposa, le 1er mai, de mettre un annonce dans le journal départemental, en offrant à l’éventuel candidat une somme de 300 F comme salaire fixe, 150 F de casuel et la gratuité du logement : "il faudrait qu'il eût une belle voix pour chanter à l’orgue !" souhaitait-on. Peut-être fut-ce ce Menessier mentionné plus haut qui répondit à l’annonce et fut agréé. Si ses prédécesseurs avaient arrondi leurs gages en enseignant l’écriture et la lecture, signe pour le moins d'une certaine culture, J. P. BUSSIENNE ne paraît pas avoir sacrifié à cette activité. Parfois, l’organiste cumulait sa fonction avec celle de chantre mais, normalement, c’était le maître d’école, choisi aussi pour sa belle voix, qui entonnait le grégorien. Parfois il s’agissait en l’occurrence d’un ecclésiastique tel, à Longwy, ce Louis PINAL qualifié de chantre avant 1768 qui prit la place de vicaire laissée vacante à la suite de la mort de Gérard POUSSEUR.

La comptabilité de la fabrique de l’église de Longwy-Haut mentionne fréquemment l’orgue, son serviteur au clavier et son indispensable auxiliaire, le souffleur : en 1846, l’organiste recevait 400 F de la commune pour salaire. Le souffleur (GIOT en 1854) recevait 9 F par trimestre. On y pourra constater que le traitement versé par la fabrique variait (50 à 75 F par trimestre avec, parfois, une gratification (50 F en 1856, 75 en 1857).

Citons enfin parmi les organistes plus proches de nous, Camille SCHMITT, "organiste et professeur de musique à Longwy-haut" qui décrocha en octobre 1928, à l'âge de 20 ans, le premier prix au Conservatoire de Bruxelles avec les félicitations du jury. Il fut le plus illustre des "toucheurs d'orgue" longoviciens, ayant entamé par la suite une carrière musicale d'un bon niveau.

Les organistes restaient parfois attachés à leur place leur vie durant : en 1780, l’abbaye de Châtillon créa exceptionnellement une pension de 100 livres en faveur de Louis ALTEMAIRE, ancien organiste de leur abbaye, reconnaissant ainsi les longs services de l’intéressé. Cette pension sera reportée par moitié sur sa veuve à son décès.

 

L’orgue de la ville basse.

 

Un orgue de facture romantique se mourait doucement dans l’église de Longwy-Bas, comme à Mont-Saint-Martin, un instrument plus moderne, enterrements de première classe au son criard d’un orgue électronique dans chaque cas. Fort heureusement un relevage de quelques jeux, ainsi que quelques réparations, ont été entrepris en 1990 à Longwy-bas et les tuyaux de l’instrument louent à nouveau, en musique, à longueur d’offices, les promoteurs de cette initiative.

Cet orgue avait vu le jour en 1892 dans les ateliers de la maison JACQUOT-JEANPIERRE et Cie, de Rambervillers, que j’ai eu l’occasion de citer plus haut déjà. Il fut d’ailleurs le dernier instrument conçu en commun par Théodore Jacquot et Charles Didier. Il fut inauguré courant octobre 1892 par Henri Hesse, organiste de la cathédrale de Nancy.

La ville avait voté une subvention de 1000 f en mai 1890 en faveur de l’achat de l’instrument.

 

Ses tuyaux disparurent au cours de la Grande Guerre, à l’exemple de ceux des instruments en pays occupés par les Allemands qui les avaient réquisitionnés en vue d’en récupérer le métal. La firme Jacquot le rééquipa en 1927. L’inauguration de l’instrument réparé intervint le 23 octobre 1927 avec la participation de l’organiste parisien Albert Mahaut, élève de César Franck.

II comporte 14 jeux distribués à la manière romantique, sans jeu de 16’, ce qui en restreint les possibilités. II reste à trouver les fonds qui permettront une réfection complète de cet orgue capable encore de faire les délices d'un organiste et de ses auditeurs.

Au XVIème siècle, les habitants de la Ville Basse s’étaient dotés d’une chapelle consacrée à la Ste Trinité pour le service de laquelle ils purent entretenir à leurs frais un vicaire à partir de 1604. En 1689, cette chapelle fut agrandie d’un choeur, seule partie de l’édifice qui subsiste aujourd’hui. Il n’est fait mention nulle part de la présence d’un orgue dans l’édifice.

C'est en 1854 que la Ville Basse fut érigée en paroisse et une nouvelle église fut construite aux frais d’une insigne bienfaitrice, madame Margaine. Le nouvel édifice est celui que nous connaissons, il fut consacré le 10 septembre 1856. L’orgue ayant fait partie du mobilier initial, c’est avec regret que l’on déplorerait sa ruine prochaine si nul n’y porte remède.

 

Les autres orgues longoviciennes.

 

Les couvents longoviciens étaient, sous l’Ancien Régime, au nombre de trois : couvent des Carmes fondé en 1602, couvent des Récollets en 1638 et couvent des Religieuses fondé en 1682. Deux d’entre eux, au moins, possédaient un orgue au milieu du XVIIIème siècle, un Récollet, le RP Chrisologue servait l’instrument de sa maison, il donnait de temps à autres des leçons à une religieuse du couvent de la ville (aussi pouvons-nous conjecturer l'existence d’un instrument dans deux de ces couvents).

Ces orgues de petite taille, conçus pour des chapelles de dimensions réduites, ont disparu à la Révolution puisque ces domaines furent vendus à des particuliers qui les transformèrent à leur usage, démolissant les lieux de culte pour en vendre les matériaux, le plus souvent. On ne possède aucun renseignement quant aux caractéristiques de ces orgues oubliés depuis fort longtemps.

Des quatre instruments que nous avons comptés à Longwy, il n'en subsiste que deux dont un pour mémoire et l’autre dans un état médiocre. Au nom de la puissance, de la pureté des sons naturellement formés par le vent dans les tuyaux, triomphant largement de ceux que modulent les générateurs électroniques à travers des amplifications souvent trop faibles et défaillantes, il serait souhaitable que l’on réalise enfin que ces instruments, à nous légués par nos pères, font corps avec les édifices qui les ont abrités durant bien des décennies. Ils servent encore au culte, même si leur localisation traditionnelle les a relégués autrefois en haut d’une tribune, bien loin de l’assistance clairsemée des fidèles d’aujourd’hui. Ils se prêtent aussi à l’organisation de concerts au service de musiques pour lesquelles ils sont irremplaçables. C’est un devoir pour nous, de les transmettre aux générations futures comme un patrimoine précieux tant au titre de la musique qu’à celui de la facture d’orgue et de ses artisans artistes.

 

A propos de nos organistes du début de siècle.

 

Les orgues des petites paroisses ont souvent été servis par des musiciens locaux dévoués et même bénévoles qui brillaient parfois plus par ces qualités que par leur sens musical. Parfois aussi, l’instrument désaccordé et attendant depuis longtemps une réparation urgente ne donnait pas un résultat digne de l’art de l’organiste aussi les prestations dominicales des organistes eurent-elles le don dans ce cas d’exciter la verve caustique de mauvaises langues d’autant plus acerbes qu’elles étaient partiales. Beaucoup de ces pisse-froid se gardaient bien de poser leurs doigts sur les touches pour mieux faire apprécier leurs critique.

Nous donnons ci-après deux courts poèmes satiriques signés Maitrehut (secrétaire de la mairie de Longwy-Haut avant 1914 )... gageons que les nécessités de la versification auront outré la réalité, c'est du moins ce que nous souhaitons a posteriori pour la mémoire des pauvres organistes cloués au pilori et pour les oreilles longoviciennes qui les subissaient à présent réunis dans un même silence éternel.

 

Un indésirable.

 

Tour à tour sacristain, sonneur, chantre, organiste,

Maître de violon, et se croyant artiste

Un paysan hirsute à la voix de corbeau,

Est depuis vingt-cinq ans, (l’) implacable bourreau

Des pieux paroissiens qui fréquentent l'église,

D’où jamais nul ne sort indemne d’une crise

De nerfs. Ce sont toujours les vieux flonflons d’antan

Que sur l’orgue patient, de la nef on entend.

Pour ce noble instrument, c'est une flétrissure

De toujours exprimer une telle mouture

De sons ! Pour qui prend-il le peuple ce meunier

Qui ne lui donne que du son de son grenier ?

C'est trop longtemps souffrir pareille ignominie,

II faut qu’on mette fin à cette parodie.

L’orgue, de la prière, est le support normal

S'il déroge, il devient véhicule du Mal.

L’organiste, aussi bien, doit connaître son rôle,

S’il ne le connaît pas, qu’il retourne à l'école.

Pour l’honneur du Très-Haut, que l’orgue soit sans voix,

Plutôt que de subir le joug d’un Iroquois

MAITREHUT

 

 

La femme organiste

 

L’organiste en jupon, du haut de sa tribune,

Sévit dans le lieu saint à tous très importune.

L’art, pour elle, consiste en contrastes heurtés,

Dolents pianissim(i), tonitruants forte ;

Tantôt c'est la doublette et le bourdon de seize,

Dont l’hybride concert sur les méninges pèse

A moins que ce ne soit le hautbois pastoral

Qui donne la réplique au bourdon sépulcral.

Elle ne se tait point lorsque le prêtre chante,

On tapote sans fin la touche discordante,

Troublant l’office saint par des charivaris

Plus indécents encor que tous ses pots-pourris;

Voilà ce qui produit l’exode des ouailles

De la grand messe, où l’orgue arrache les entrailles.

L’organiste doit être un homme de savoir,

Sinon son instrument n’est plus qu’un assommoir.

Saint Paul a défini d’une façon précise

Le rôle qui convient aux femmes dans l’église

Se taire... C’est écrit, voilà toute la Loi.

Saint Paul s'y entendait, il est digne de foi !

MAITREHUT

 

 

 

 

Catalogue des ouvrages de Joseph Brembati, "Promenades à travers le Pays-Haut"

Commentaires (1)

1. Hélène GRATTARD 05/07/2015

Concours International d’ORGUE
Cavaillé-Coll
Ville d’Avray – Neuilly-sur-Seine - Trouville – 17-20 Mars 2016
Sous le patronage
des Amis du Grand Orgue de Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine
de l’Association des Amis de l’Orgue de Trouville
du Concours International d’Interprétation de Ville d’Avray
Président d’Honneur : Laurent Petitgirard
Programme :
Eliminatoires : (A Trouville, les 17-18 mars 2016)
1 / Mel Bonis : Fughette (page 83 Tome 2) (Editions Fortin-Armiane)
2 / Louis Vierne : Intermezzo (Pièces de Fantaisie Tome 1) (Editions Lemoine)
3 / Edouard Devernay : Pièce Symphonique sur « O Filii et Filiae » (Fortin-Armiane)
Finale : (à Neuilly-sur-Seine le 19 mars 2016)
1/ Jehan Alain : Intermezzo (Tome 2 page 24) (Editions Leduc)
2/ Jean-Louis Petit : Postlude du Tryptique à Marie (Editions Fortin-Armiane)
3/ Maurice Duruflé : Fugue sur le nom d’Alain (sans le Prélude) (Editions Durand)
Jury : Jean-Michel Louchart, Loïc Mallié, Nicole Marodon-Cavaillé-Coll, Jean-Louis Petit, Philippe Sauvage
Observateurs : Patrick Pouradier Duteil, Françoise Labaste
Règlement :
1/ Le concours est ouvert aux organistes de toute nationalité, sans limite d’âge.
2/ Les éliminatoires ont lieu les 17-18 mars 2016 à Trouville. La finale le 19 mars à 14 h en concert public à Neuilly-sur-Seine.
3/ Le droit d’inscription est de 50 euros.
4/ Les horaires de passage pour les éliminatoires seront communiqués aux candidats après le tirage au sort effectué le 1 mars 2016, date limite d’inscription. Les candidats qui n’auront pas confirmé leur participation à cette date ne pourront pas concourir.
5/ Les décisions du jury sont sans appel (le jury se réserve le droit d’interrompre un candidat quand il le juge nécessaire).
bulletin d’inscription
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téléphone . . . . . . . . . . . . . . . . . . .e-mail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Je m’inscris au concours international d’orgue Cavaillé-Coll et déclare avoir pris connaissance du règlement.
Je joins un chèque de 50 euros libellé au nom de Festival de Musique Française
Date : signature :
à l’ordre de : FESTIVAL DE MUSIQUE FRANCAISE
c/o Jean-Louis PETIT 34 Avenue Bugeaud F-75116 PARIS
tél.(**33).[0]1.78.33.14.57/ / e-mail : concours@jeanlouispetit.com
Liste des prix :
Premier prix : 1500 euros (Prix du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine), deuxième prix : 1000 euros (Prix de la Commune
de Ville d’Avray), Prix spécial Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine remis par le Père Rabel, (800€)
Prix du Public. Récital le 20 mars 2016 à Ville d’Avray. Autre récital.
Avec l’aide du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine, Président Patrick Devedjian ; de la Communauté de Communes
“Grand Paris Seine Ouest”, Président Pierre-Christophe Baguet ; de la Commune de Ville d’Avray Maire Denis Badré ; coproduction Association des Concerts de Ville d’Avray, dir. Jean-Marie Cottet ; MPT-VA dir. Nadya Hellal ;
en partenariat avec les Editions FORTIN-ARMIANE Paris.
www.orgue-neuilly.org www.orgues-trouville.org http://concoursparisva.jimdo.com

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